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 I'm angry anyhow (Joan).

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Clay Entwistle

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MessageSujet: I'm angry anyhow (Joan).   Dim 27 Mai - 22:37

Je savais qu’elle allait être là, je le savais depuis le moment où, assis au fond du bac de douche, j’avais laissé le jet froid me frapper le dos pendant trop longtemps. En plus j’avais aucune raison de me rendre chez le disquaire, je veux dire, pas à ce moment là. C’était son heure à elle. C’est peut-être ce qui m’attirait là-bas, ce qui aurait du me repousser, parce qu’on s’était pas parlé en tête à tête depuis des semaines et que si on y regardait de plus près, j’étais la tâche. Cette dégradation inavouable et indélébile sur la toile autrefois immaculée des sœurs Gilliam. Dire que jusqu’ici tout allait bien. J’aurais bien rejeté la faute sur Joan qui s’était emparée de mes lèvres en toute connaissance de cause. Mais une partie de moi avait apprécié, c’est donc cette partie de moi qui littéralement, m’empêchait d’être un parfait hypocrite. Pourtant l’hypocrisie avait souvent ses avantages, et arrangeait souvent les choses pour qui n’avait qu’un semblant de conscience morale. J’ai toujours cru que j’avais pas de sentiments, et que donc on pouvait jouer avec. Mais la réalité m’a rattrapé, j’ai une conscience, et elle passe le temps en me torturant, en me disséquant comme un insecte insignifiant. Je l’ai mérité.

Sans être sa résidence secondaire, chez le disquaire, c’était un peu son repaire. Il y a quelques temps je pouvais m’y rendre sans raison sans crainte de devoir entretenir une conversation fâcheuse que je pourrais aisément éviter, aujourd’hui c’était une sorte de masochisme inexplicable qui m’y poussait. C’était Cleo que j’aurais du aller voir en premier. J’aurais du me pointer chez elle sans prévenir, ne pas essuyer mes chaussures sur son paillasson débile et faire des traces de boue dans son appart en faisant mine de pas m’en être rendu compte, comme d’habitude. Mais j’avais fait éclater en milles morceaux nos petites rengaines et nos courts instants d’intimité en embrassant sa petite sœur. Ces deux filles étaient incroyables. Et elles l’étaient tant que même quand j’étais môme, j’étais coincé entre deux chaises. L’avantage c’est qu’avant, j’avais pas à me poser cette montagne de questions et qu’à présent elles m’obsédaient.

J’allumais une cigarette, m’asseyais sur mon plan de travail, et balançais les cendres dans l’évier. Mes pensées étaient douloureuses, j’aurais voulu qu’elles s’éloignent, qu’elles s’évaporent à l’instar de cette fumée crade que j’expirais. Plus j’attendais, et plus le souvenir des bons moments passés se transformait en quelque chose d’horrible, avais-je réellement envie de ça ? J’étais celui qui avait tout gâché, j’étais le point d’encrage des problèmes entre nous. Qu’est-ce que j’ai fais pour mériter ça ? Je crois avoir la réponse. J’ai merdé, tout simplement. Je me suis rétamé en beauté, me suis accroché à elles comme une maladie incurable contre laquelle on lutte au début, puis qui au final, se révèle être source de réconfort. Jusqu’au moment ou tout se termine.

Je pouvais pas laisser notre amitié crever sans lever le petit doigt, et c’est à partir de cette réflexion que je me suis décidé. Donc je me suis levé, j’ai enfilé mes lunettes noires alors qu’il faisait même pas soleil et j’ai marché jusqu’à la boutique du disquaire. En route j’ai croisé ce connard d’Eddie que j’évitais depuis des mois, vu que je lui devais du fric. A cette heure-ci il devait avoir compris qu’il n’en reverrait jamais la couleur. Je suis comme ça, j’emprunte, mais je ne rends pas. A ma grande surprise il ne s’est pas arrêté à ma hauteur. Cependant il a souri. Pas moi. Et alors je suis entré. Comme toujours, l’endroit n’était pas assez éclairé, ni assez bondé. Je préférais les endroits noirs de monde, histoire d’être moins facilement repérable, et aussi histoire de repérer le moins de gens possible. Parce que là, c’était impossible de la rater, assise comme elle l’était, en plein dans ma ligne de mire. Rien n’a sonné à mon entrée mais c’était tout comme, puisque le gérant m’a salué comme un ami de longue date, comme si on passait tous nos week end ensemble à faire du camping depuis les années trente.

« Eh, sl’ut Clay, mon vieux. Comment kcé d’puis l’temps ? »

Cette manie déroutante d’avaler une partie des mots au moment de les prononcer m’horripilait affreusement. Je serrais les dents. D’ailleurs cette façon de prononcer mon prénom était autrement dégueulasse, j’avais l’impression qu’on allait, d’une minute à l’autre, me renverser et me coincer dans une serrure. Pourvu que l’auteur de ce crime n’ait pas bouffé des Begles avant de me faire ça, j’ai horreur des gens qui se promènent avec les doigts gras.

« Super » Je dis.

En fait j’ai oublié ma cigarette dans l’évier et je viens de m’en rappeler. Je crains pour la survie de mes effets personnels. Mais ça ne me reste à l’esprit d’une poignée de secondes, puisque mon interlocuteur est quelqu’un de plutôt loquace. Pendant qu’il me parle, je remarque que les sols et les plafonds sont d’une blancheur éblouissante, puis une fille aux cheveux rose entre.

« Al’rs, dis-moi, les conc’rt ça s’passe bien en c’moment ? »

Je note ses yeux rouges, mi-clos.

« C’est vraiment top. »

J’ai hoché la tête, comme si le simple fait de faire ça allait rendre ma réponse moins nulle. Plus personne n’utilise ce mot de nos jours, et apparemment, c’est un truc que ce mec n’ignore pas, parce qu’il me regarde bizarrement, esquisse un sourire, puis s’éloigne et ouvre une fenêtre pour contempler le ciel. Je crois que les fans de rock se sentent toujours obligés de faire les mystérieux. J’aimerai bien ne pas être l’exception qui confirme la règle, mais les gens lisent en moi comme dans un putain de livre ouvert. J’observe Joan, assise en tailleur sur une pile de carton au fond de la pièce, un bouquin dans une main, et ce qui ressemble à un joint dans l’autre. Je lui ferais bien la morale, mais venant de moi, ce serait risible. Je me contente de m’approcher, sans être bien certain qu’en fait elle ait noté ma présence. J’essaye de voir ce qu’elle lit mais elle a cette façon débile de tenir son livre de telle sorte que la couverture m’est complètement dissimulée. Dommage, c’aurait été une entrée en matière plutôt tranquille. Surement trop. Ces derniers temps je n’avais droit qu’à la difficulté. C’était le retour en primaire encore et encore. Le temps où je portais des lunettes rouge et où je faisais des crises d’asthme à toutes les récrées.

« Je crois que j’ai la mononucléose. »

Il était encore temps de faire demi-tour. Du moins l'espérais-je.
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Joan Gilliam

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MessageSujet: Re: I'm angry anyhow (Joan).   Dim 27 Mai - 22:41

Je ne saurai dire quand j'ai commencé à aimer le disquaire de Tulsa : pas le premier jour où j'y ai pénétré, ça c'est certain. Je me rappelle que c'était un jour d'hiver, et qu'il avait beau faire si froid que nos lèvres devenaient bleus, je ne pouvais me résoudre à mettre autre chose que mes collants troués, avec mes doc martens cloutés par mes soins. Mes cheveux ressemblaient à une ville dévastée après une destruction massive, et mon noir sous les yeux coulait constamment, ne connaissant pas encore la révolution du waterproof. J'avais couru sur des mètres et des mètres lorsque je me suis réfugiée sans trop comprendre pourquoi dans ce magasin que je ne connaissais pas : les personnes avaient immédiatement tous eu un regard vers moi, avec mes joues rouges et mon souffle coupé par mon effort physique, mais personne n'avait osé demander ce qu'il se passait. Et je me rappelle avoir apprécié. La vérité, c'est qu'un flic me poursuivait après avoir volé un parfum de luxe dans un magasin de Tulsa, et sous le poids de mes chaussures, j'avais eu énormément de mal à le semer : mais on ne rattrape pas une Joan Gilliam, c'est un fait véritable depuis que je sais parfaitement marcher. Alors j'ai attendu quelques minutes au fond du magasin, parcourant les disques en prétextant être intéressée, même si l'adrénaline parcourant mon corps m'empêchait complètement de me concentrer sur quoique ce soit. Quand une personne est entrée, je n'ai même pas pris le temps de la regarder et je me suis instinctivement baissée derrière le comptoir : et j'ai eu raison, car le flic n'avait pas voulu stopper sa course, voulant à tout prix m'attraper, sachant que ce n'était de loin pas mon premier vol. « Est-ce que vous avez croisé une fille assez petite avec un style...assez rock ? » Lui aussi, était essoufflé, et même si mon corps tremblait tellement que je devais me tenir contre le mur, je ne pouvais m'empêcher de ressentir fierté à avoir réussi à le fatiguer. L'homme derrière le comptoir, juste à côté de moi et sûrement le propriétaire du magasin, a fait alors la moue, prétextant réfléchir à la description de l'homme, pour finalement hausser les épaules. « Vous savez m'sieur, des gamins rock, j'en croise des tas à mon magasin. Mais récemment ? Non, personne, à part les personnes présentes dans ce magasin. » J'imagine que le flic a alors balayé le disquaire du regard, à la recherche de son petit bouc émissaire, car il a grommelé des mots dans sa barbe quelques secondes après l'annonce du propriétaire. Après quelques politesses, il est finalement ressorti du magasin.

J'ai attendu cinq bonnes minutes avant d'oser de sortir de ma cachette, et au lieu de me fondre en remerciements face à l'homme qui m'a protégé d'un petit tour au commissariat de police, je tente de lui sourire, incapable de dire le mot exact dans ce genre de situations. L'homme est sorti de son magasin, a scruté les alentours puis m'a pris fermement le bras et incapable de me débarrasser de lui, j'ai commencé à l'insulter, en m'efforçant de ne pas crier afin d'éviter d'attirer l'attention. Puis il m'a jeté dehors, et s'est contenté de dire « Écoute gamine, moi j'veux pas d'ennuis. Alors tu te casses et tu reviens plus mettre les pieds dans mon magasin. J'ai été clair ? » et ma réponse se fut immédiate et succincte : mon majeur s'est levé en sa direction, et il a alors levé les yeux au ciel, en refermant la porte du disquaire sur moi. Et avec mon esprit de contradiction incontestable, je suis retournée au magasin trois petits jours plus tard, avec de l'argent de poche grâce au parfum volé -que j'ai revendu à un prix assez intéressant, croyez-le ou non. Il m'a regardé rentrer, et moi, j'ai soutenu son regard. On est resté ainsi quelques secondes, et je savais qu'il m'avait reconnu, et pourtant il ne m'en a pas tenu rigueur. Alors j'ai commencé à parcourir les vinyles, puis un homme maigre aux cernes très prononcés s'est approché de moi : je me souviens de son odeur, un mélange de tabac froid et de vodka premier prix, ressemblant plus à de l'eau de javel que de l'alcool, et aussi son sourire, qui m'a montré que ses dents n'avaient pas connu le dentifrice et une brosse à dents depuis au moins des mois. « Un pétard, rouquine ? » Il a juste dit ça, et à mon tour, j'ai souri. On s'en fout du prénom des gens dans ce disquaire, tant qu'on fout pas la merde et qu'on aime le bon vieux rock. On fait tourner les bières et le tabac sans broncher, parce qu'on croit aux rêves utopistes du communisme et on aime le partage. Et j'ai tiré sur son joint, j'étais si défoncée que je me rappelle avoir danser un slow sur une chanson de Pink Floyd avec le propriétaire. Il me faisait penser à Papa, alors j'ai osé poser innocemment ma tête sur son épaule. Et c'est ce jour-ci, ma tête posée pour une fois contre un homme, main dans la main, et avec un fond de Wish you were here, que j'ai su que j'allais passer la moindre de mes minutes de temps libre dans cet endroit. Parce que je me sentais et je me sens chez moi. Bêtement, sûrement.

Un livre dans une main et un joint dans l'autre, assise à mon endroit favori dans le magasin, tout porte à l'apaisement et à cette routine que j'aime : du bon vieux rock en fond, le rire de Georges qui m'a toujours fait sourire, et de la weed de bonne qualité parcourant mon corps, mais surtout mon cerveau. Pourtant, aujourd'hui, je suis incapable de me concentrer sur les lignes de mon roman, et j'ai beau les relire plusieurs fois pour tenter de comprendre le sens, je n'y parviens pas. J'aimerais jeté mon livre à l'autre bout de la pièce, mais je sais que Georges -le proprio l'inexorable allure paternelle- déteste mon insolence et mon impulsivité, et je me contiens alors, en fronçant les sourcils sur ces putain de mots qui n'ont aucun sens. Et pour cause, à chaque fois que je tente de divaguer, ma connasse de conscience me ramène à Cleo, et son aveu déchirant. Elle l'aime. Je l'ai embrassé, mais elle l'aime. J'aurais aimé qu'elle nie cet amour un peu plus longtemps, pour que la chute soit moins dure, mais pourtant elle a osé le dire. Et voilà que je repense aux lèvres de Clay, de ce baiser impulsif, de cette peur d'être seule. Complètement seule. Alors je tire, encore et encore sur ce pétard, en espérant secrètement qu'il me brouille assez l'esprit pour arrêter de penser à ma sœur.

Il me semble que quelqu'un rentre dans la pièce, mais je ne prends même pas la peine de lever la tête pour la saluer, comme j'ai pour habitude de faire : non, mon regard reste fixe sur la même page, la même ligne depuis une heure. L'idiote, apparemment l'illettrée, aussi. « Je crois que j’ai la mononucléose. »  Et je me mets à sursauter, ne m'attendant pas à une présence. Ne m'attendant pas à sa présence. Clay. On ne s'était pas vu depuis ce fameux baiser, et je crois que j'espérais qu'on ne se verrait pas avant que l'histoire se tasse : avec du temps, on peut tout oublier, n'est-ce pas ? On aurait faire l'impasse sur cet instant de la soirée, on aurait bloqué ses pensées de nos esprits, tout simplement. A sa phrase, en tout cas, je me rends compte qu'il n'a pas oublié : soit il est vraiment idiot, soit il fait exprès de parler de la maladie du baiser pour me déstabiliser. Alors je relève la tête vers lui, lui affiche un sourire satisfait en tirant à nouveau sur mon joint, et pose mon livre sur mes cuisses. Ouais, je le fixe dans les yeux comme si j'assumais tout à fait ce que j'avais fait, alors qu'en réalité, je n'ai qu'une envie, c'est de partir en courant afin d'éviter une éventuelle conversation extrêmement gênante. « Il faut que tu arrêtes d'embrasser des filles sales dans ce cas, petite traînée» Je me pousse légèrement afin de lui laisser une petite -pas trop généreuse non plus la Joan- place à côté de moi, en espérant qu'on parlera de tout, sauf de ce baiser. Alors je me concentre sur le visage de Clay, et je réalise que je suis malgré tout heureuse de le voir. Qu'il m'avait manqué, même. J'aimerais même lui dire, je songe un instant à le prendre dans mes bras quelques instants, mais au lieu de ça, je me contente de lui taper le haut du bras avec mon poing, en guise d'amitié. Peut-être que je devrais lui dire que Cleo m'a avoué qu'elle était amoureuse de lui. L'idiot amoureux, serait capable de me quitter directement après mes mots pour aller la voir et l'embrasser. Je devrais lui dire, je devrais les pousser dans les bras l'un de l'autre, et pourtant je reste droite, sans dire mot, refusant d'énoncer la vérité. « Tu as écouté le dernier album des Red Hot Chili Peppers ? Déjà que je les aimais pas, mais là, ils me donnent carrément envie de me tirer une balle. Et tu as entendu parler de R.E.M ? Ils se séparent. Quand j'ai su, j'ai passé ma soirée à les écouter dans mon appart', et j'étais triste tu sais, car je me suis dit que j'aurais aimé un dernier album, juste un dernier. Puis je me suis aussi dit que R.E.M, c'est un peu toujours la même chose, mais que c'était cool quand même. C'est quand ton prochain concert, d'ailleurs ? J'ai besoin de musique forte, de pogo, de sueur et de bleus. J'ai besoin d'un bon concert de rock, alors j'ai regardé ce qui passait en ce moment dans la salle de concert de Tulsa pour qu'on y aille tous les deux, mais il y a rien. Quedal. Tu veux tirer sur mon joint ? Et j'ai faim, tiens, j'ai faim. T'aurais pas quelque chose à manger ? Sinon je risque de me venger sur tes mains. Ou tes pieds, mais j'imagine qu'ils sont tout sales, et ça serait dégueulasse. Quoique, ça aurait au moins un petit goût salé pas désagréable. » Pitié, qu'on m'arrête.

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Dernière édition par Joan Gilliam le Lun 28 Mai - 13:59, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: I'm angry anyhow (Joan).   Dim 27 Mai - 22:46

Elle sursaute, alors j’enlève mes lunettes et les range avec l’impression d’en faire trop. Je me tiens là, droit devant elle, à la regarder d’en haut, les mains coincées dans les poches. Elle se demande surement pourquoi cette visite, et finalement, je me le demande aussi. Aucun de nous n’a envie d’une discussion parce qu’on sait très exactement sur quels sujets celle-ci dérivera inexorablement. Mais maintenant je suis là et en plus je la provoque avec mes vannes creuses, il n’est donc plus question de revenir sur mes pas. De toute façon je suis trop fainéant pour refaire le chemin en sens inverse. Elle me regarde et pose son livre dont je ne vois toujours pas le titre parce qu’elle l’a évidemment posé à l’envers sur ses cuisses toutes croisées, genre presque emmêlées et je me dis que cette fille est d’une souplesse insolente mais c’est ce moment qu’elle choisit pour me sourire. Je perds le fil de mes pensées et soutient son regard comme un fantôme pendant qu’elle tire sur son joint, exhalant une substance que je rencontrais un peu trop souvent à mon goût ces temps-ci.

« Il faut que tu arrêtes d'embrasser des filles sales dans ce cas, petite traînée. » Elle me dit, comme ça, pas gênée et plutôt assurée, même.

Elle se pousse très légèrement et je comprends par là qu’elle veut que je m’asseye à côté d’elle, sur ses petits cartons. Un genre de proximité que j’avais imaginé un peu plus lointain dans le temps de nos retrouvailles mais qui ne me dérangeait finalement pas vraiment par son caractère précipité. Son geste rendait les choses plus détendues et je me demandais si c’était pas le joint qui réagissait pour elle, mais au fond ça non plus n’avait pas d’importance. Je m’avance et plie les jambes pour atteindre le sol, ma veste émet quelques bruissements et on se retrouve genou contre genou, ce qui n’avait rien d’incongru avant mais qui maintenant m’embarrassait curieusement. Il faut dire qu’on s’était embrassés, après des années de fréquentation platonique, et que je n’avais à présent aucune idée de ce qu’elle pensait de moi en vérité.

Pendant un moment je ne dis rien et je fais mine de fixer ce qu’il y a devant moi alors que c’est Joan que j’observe du coin de l’œil. Elle me regarde aussi et je pense un instant à me pencher, la serrer contre moi, et lui murmurer au creux de l’oreille que j’ai très envie de savoir le nom de ce putain de livre qu’elle séquestre comme un prisonnier, mais c’est alors qu’elle me frappe à l’épaule et que je vacille légèrement. Je souris en me frottant le bras et je tourne mon visage vers elle. J’ai surement l’air con. Elle a surement l’air d’une fille sale.

J’ai l’impression qu’elle réfléchit à quelques choses et donc je ne parle pas, de peur de l’interrompre. Je respire l’odeur que dégage ce petit cylindre qu’elle garde jalousement et je me penche en arrière, en appui sur mes mains. Je souffle, regarde le gérant qui tue l’ennui en rangeant une paire de disques malmenés par des clients irrespectueux dont je fais de temps en temps partie et j’attends qu’elle m’intègre, d’une manière ou d’une autre. Ce que j’ai rapidement regretté, noyé sous le flot de ses paroles, me retrouvant les bras levés à la surface des eaux déchaînées avec l’espoir qu’on m’attrape par le poignet et qu’on me soulève sans difficulté pour que je puisse gonfler mes poumons d’une dose d’oxygène bienvenue. Au final je ne me souviens que de deux choses. Premièrement qu’elle avait faim, et puis…

« Tu veux tirer sur mon joint ? »

Je ne réponds pas et le libère de ses doigts pour le passer au sein des miens. Au fond rien n’a l’air d’avoir changé, même si on essaye de toutes nos forces et qu’en apparence nous sommes toujours Clay et Joan, deux gamins qui frissonnent et tressaillent. Je souffle un petit nuage et lui rend son inestimable bien avec regrets.
Je trouve un paquet de mentos dans ma poche et lui en propose un.

« Tu sais, ce sont généralement les filles sales qui se jettent sur moi sans crier gare. »

Je regarde mon genou qui touche le sien et puis je hoche la tête allègrement pour appuyer mes propos.

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MessageSujet: Re: I'm angry anyhow (Joan).   Dim 27 Mai - 22:46

Et lorsque le joint est entre ses doigts, je me sens alors désarmée, et complètement seule : comme si cette substance me protégerait de toute conversation sérieuse et de possible dispute. Tant pis, il y a plus qu'à espérer que son effet soit éternel, ou tout du moins jusqu'à ce que je me sépare de Clay. Le contact de ses doigts contre les miens est léger, presque inexistant, et me voilà pourtant à rougir comme une idiote, en prétextant qu'il fait chaud ici, afin de justifier mes joues instantanément roses. C'est con putain, de remettre en question toute une relation juste parce que des lèvres se sont touchées. C'est idiot, et c'est une perte de temps : ouais, j'essaie de me persuader que chacun de ces gestes sont anodins et sans sens particulier, mais quand son genou percute doucement le mien, voilà qu'à nouveau je ressens ce putain de truc en moi, ce mélange de gêne et de plaisir que je ne connaissais pas avant. Ce n'est que sa bouche que j'ai osé toucher et embrasser, et pourtant maintenant c'est la guerre du Vietnam dans ma tête. Ma tête tourne et brûle en ayant la sensation d'entendre les hélicoptères de cette guerre, la chaleur du pays, et l'épouvante du massacre : la scène d'Apocalypse Now se déroule dans mon esprit, et je me rends compte que merde, j'ai trop touché à la drogue pour aujourd'hui.

« Tu sais, ce sont généralement les filles sales qui se jettent sur moi sans crier gare. »  Je pourrais le prendre mal, me vexer qu'il sous-entende que je ne suis une fille sale, mais ce n'est pas mon genre. Au contraire, voilà que ça me fait rire et que je pousse avec affection son genou afin de le taper gentiment face à cette remarque. Est-ce que je me suis jetée sur lui ? Oui. Non. Peut-être. Sûrement pas. On s'en fout tant que le moment était agréable, après tout. « Que veux-tu, tu les attires avec ton petit côté rockeur dépressif et à côté de la plaque. Et puis je sais que je suis une fille sale ! » Non, je ne lui suis pas vraiment: je ne peux me lever le matin sans une douche froide et je ne peux quitter mon appartement sans un peu de parfum et de déodorant. Mais je reste un fille sale : par ma démarche de rockeuse sûre d'elle, par ma façon de cracher par terre, par ma manie de tenir ma cigarette, par ma putain de façon de parler sans être capable d'éviter les insultes et les injures, ce tic de gueuler « nique la police » quand je croise leur uniforme... Non, je ne suis pas une fille propre. Je ne suis pas Cleo Gilliam, et je sais que ce point me met complètement hors jeu dans la course vers le cœur de Clay. Tant pis, j'aurais essayé.

Je le vois. Littéralement. Ce gouffre entre nous deux depuis que j'ai osé l'impensable. Nos corps se touchent presque, et pourtant la distance entre deux est évidente, même pesante. Je déteste cette situation, je déteste devoir imaginer qu'on devra rester ainsi éternellement. Alors sans perdre une minute, je me lève de mes cartons, jette mon livre derrière les cartons -durant son vol, Clay semble fasciné par sa danse dans les airs- et saisis la main de Clay, pour l'entraîner dans l'arrière de la boutique, loin de ces connaissances qui, en entendant notre conversation et en apprenant qu'on s'est embrassés, nous charrierait jusqu'à ce qu'on en explose. Alors non, j'ai déjà trop perdu pour en plus ne plus pouvoir pénétrer dans mon lieu préféré : soyons dans un coin sûr, l'arrière boutique n'est pas suffisant, voilà que je nous enferme dans la salle de bain, en mettant une main sur la bouche de Clay pour vérifier que personne n'est autour de nous. Bonjour paranoïa, es-tu toujours obligé de t'inviter quand je fume un peu trop? La salle de bain est infecte, avec son carrelage vieux et rouillé, son néon ne cessant jamais de sauter, donnant l'effet d'être dans les toilettes d'une boîte de nuit dégueulasse qui sent plus la drogue, l'alcool et le sexe que la musique et la danse.

Je veux entamer la conversation, mettre les points sur les i, mais je suis incapable de trouver mes mots à cause de cette stupide et inutile lumière qui cesse de s'éteindre et s'allumer en faisant un bruit atroce. Sans perdre une seconde, je me jette dessus, et alors que je me prends pour Bob le bricoleur, la casse en mille morceaux dans le lavabo : finalement, pas si inutile ce néon, parce que nous voilà à présent dans le noir complet, privés de la lumière de l'extérieur. « Pas de commentaires. Oui je suis violente, oui nous sommes dans le noir par ma faute. Point. » C'est sûr, à la fin de cette discussion , je toucherais deux mots à Monsieur le propriétaire pour qu'il fasse un trou dans cette pièce sale et humide. Avec les moyens du bord, je m'installe sur l'abattant des chiottes, parce que la vérité, c'est que je me sens dans un remix de l'Amour est aveugle, et j'ai peur qu'on se mette à se tripoter nos parties intimes sans s'en rendre compte. Ouais, il doit bien avoir un mètre de distance entre nous deux, et je ne peux m'empêcher de tendre les bras vers lui : juste au cas où, s'il se décide à se rapprocher de moi, qu'il glisse et qu'il tombe nez à nez avec ma foufoune. Grâce à ma technique, il ne tombera pas sur moi mais directement sur le sol, s'ouvrira le crâne et se videra de son sang. Plus de discussion gênante à avoir, problème résolu, changeons d'affaire.

« Bon, je te préviens, je suis pas une fanatique des conversations mélodramatiques shakespeariens dégueulasses -et je sais que toi aussi-, alors je vais aller droit au but : on s'est embrassés. C'est fait, et puis voilà, c'est pas comme si tu avais trempé ta nouille. On l'a fait, et je suis trop une gamine pour me demander si c'était mal ou non, alors voilà. En fait, je voulais qu'on en parle pour qu'on y pense plus et qu'on passe à autre chose, je m'attendais à faire un monologue de ouf qui te couperait la chique, mais j'ai absolument rien à ajouter. » Finalement, je suis plutôt contente qu'on soit privé de lumière, ravie de savoir qu'il ne peut pas remarquer ma tête d'idiote accompagnée de ses paroles futiles. D'ailleurs, j'ai si honte de moi, que je me tape le front avec mon poing, et je crois que si je continue sur cette lancée, je vais bientôt avoir une bosse. On va croire qu'il m'a frappé, et ça pourrait être drôle de passer pour une femme violentée, mais personne y croirait. Alors j'arrête de me taper, car ça perd tout son sens, et je tape en contre partie du pied en attendant une éventuelle réponse. Mais elle ne vient, et je ressens le besoin de combler ce silence. « Ha si, j'ai peut-être quelque chose à te dire : bordel, mais tu sais pas embrasser ! Sérieux, c'est quoi cette manie d'ouvrir à peine ta bouche et de faire venir ta langue et la ressortir, comme si elle était un coucou d'une horloge ? Beurk beurk beurk. » C'est faux. Complètement faux. En fait, son baiser était parfait et terriblement bien maîtrisé, ses lèvres avaient le goût d'un sucre d'orge à l'abricot et j'étais tellement intriguée par ce goût délicieux, que j'ai failli m'arrêter en plein milieu et dire « merde, mec, tu mets du baume à lèvres ou quoi ? », puis je me suis finalement rendue compte qu'il avait ses lèvres gercées, et que par conséquent ma théorie tombait à l'eau. Alors oui, ma constatation était complètement inutile et fausse, j'aurais dû me taire mais j'ai peur du silence, c'est le genre de bruit qui parle trop.

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MessageSujet: Re: I'm angry anyhow (Joan).   Dim 27 Mai - 22:56

Elle n’a pas pris de Mentos. Je sais pas si c’est parce que la boite était tordue et un peu crade ou si c’est parce qu’elle préférait ne pas me parler la bouche pleine. Quoi qu’il en soit, elle s’est contentée de rire, juste une seconde, mais cette seconde a semblé longue dans ma tête, sans que je sache exactement pourquoi. Je me sentais ailleurs, en dehors de tout et à la fois à l’intérieur d’une petite boîte dont on était les seuls à connaître l’existence. Ça me réconforte autant que ça me fout les jetons. Je regarde par la vitrine les phares des voitures qui passent.

« Que veux-tu, tu les attires avec ton petit côté rockeur dépressif et à côté de la plaque. Et puis je sais que je suis une fille sale ! »

Je souris, lui répond par un haussement d’épaules. Je ne dis rien, j’observe seulement qu’en fond sonore on entend Crimson and Clover et alors j’essaie vaguement de me souvenir des paroles, mais celles-ci défilent plus rapidement que mes propres pensées, si bien que je n’ai plus besoin de faire d’effort pour me la remémorer. Je sais que Joan est loin d’être une de ces gamines dégueulasses qui ont de la crasse sous les ongles et de la boue sur les mollets, mais je peux pas m’empêcher de mentalement la contredire. Si, Joan, t’es une fille sale. T’es bien trop rock’n’roll pour ne pas être considérée comme telle. T’aurais été la reine de mai 68 si t’avais été vivante à cette époque, mais malheureusement c’est pas le cas, du coup t’es une simple tatoueuse du vingt et unième siècle et bien sûr ça a moins d’éclat, ce qui fait de toi une fille sale par déduction. Seulement je continue de me taire, et je regarde entrer ce type en chemise rouge et aux cheveux tressés qui à peine la portée passée, se met à fredonner Crimson and Clover. C’est ce moment que choisi Joan pour se lever. Ses jambes se sont dépliées plus vite que celles de son ombre et elle a balancé son bouquin loin derrière elle, m’obligeant à abandonner l’espoir vain d’un jour savoir de quoi il s’agissait. Je sais même pas pourquoi ça m’intéressait autant, mais le fait est que je l’ai observé pendant sa course dans les airs, et que pas une seconde il ne s’est tourné dans un angle qui m’aurait permis de lire son titre. Je me crispe, elle m’attrape par la main et m’entraîne je ne sais où, surement loin des clients et c’est justement ce qui m’effraie parce que la dernière fois qu’on s’est retrouvés seuls tous les deux a tourné au désastre.

Je me retrouve coincé dans les chiottes, et cette posture délicate me rappelle quelques mauvais souvenirs en désordre. Joan a posé sa paume sur mes lèvres et je regarde son poignet, à quel point il semble frêle et à quel point il semblerait facile de l’agripper et de mettre un terme à cette proximité pour crier à l’aide. Mais comme d’habitude je ne fais rien et la laisser décider de la suite des événements à ma place. Les murs sont jaunes et extrêmement brillants, ce qui est presque douloureux, mais le carrelage sous nos pieds est en mauvais état et comporte des tâches de toutes sortes et des creux de toutes les tailles. Les graffitis aux murs pourraient presque paraître phosphorescents si le néon qui les éclairait ne lâchait pas toutes les dix secondes. C’est d’ailleurs ce qu’observe Joan avec intérêt tandis que sa main abandonne ma bouche pour rejoindre sa jumelle qui se jette avec précipitation sur la lueur clignotante. Je fixe mes chaussures, je remarque que j’ai oublié mon tube de bonbons dans l’autre pièce, puis un éclair de lumière m’aveugle et j’entends un milliers de petits ricochets qui sont ceux des bris de verre de feu le néon des toilettes qui venait d’être broyé sous les doigts nerveux et impatients de Joan. Ils sont tombés dans le lavabo qui se trouve juste à ma droite. Je songe rapidement que peut-être j’aurais pu mourir saigné à blanc par une pluie d’objets tranchants, que peut-être elle aurait pu mourir d’avoir raté sa vocation d’électricienne, mais je me suis alors rendu compte qu’il faisait vraiment, vraiment noir ici, et j’ai tout oublié. Je me suis demandé si elle l’avait fait exprès, si elle s’était imaginé que, du fait qu’elle avait des choses à me dire, elle y parviendrait mieux si il lui était impossible de croiser mon regard, mais qu’elle pourrait néanmoins se targuer de ne pas avoir été une putain de mauviette de m’avoir tout dit en face. J’espère que je me trompe, que tout ça n’a rien d’une machination.

« Pas de commentaires. Oui je suis violente, oui nous sommes dans le noir par ma faute. Point. »

J’applique volontiers son conseil, car je commence à avoir peur qu’elle entreprenne de me violer, ou pire encore, qu’elle me broie les os comme elle venait de démolir la lumière des chiottes. Je ne distingue plus rien, pas même des ombres ou des formes, cependant je l’entends se reculer de quelques pas et s’asseoir sur un truc que je ne vois pas. Je songe à faire de même, alors je reviens également en arrière et rencontre la lignée de lavabos contre laquelle je pose mon dos. Qu’est-ce que j’étais censé faire d’autre ? Je pense à cette journée chiante que j’aurais pu passer chez moi à m’ennuyer comme un rat mort, fumer, boire du vin rouge, et au lieu de ça je suis enfermé dans un semblant de salle de bain pourrave avec une fille à deux doigts d’être complètement raide défoncée. J’ai conscience de n’être pas bavard, mais je préfère ne pas me lancer dans un monologue débile qui n’aurait pour effet que de nous mettre mal à l’aise tous les deux, car je sais pertinemment qu’elle le fera pour moi.

« Bon, je te préviens, je suis pas une fanatique des conversations mélodramatiques shakespeariens dégueulasses -et je sais que toi aussi-, alors je vais aller droit au but : on s'est embrassés. C'est fait, et puis voilà, c'est pas comme si tu avais trempé ta nouille. On l'a fait, et je suis trop une gamine pour me demander si c'était mal ou non, alors voilà. En fait, je voulais qu'on en parle pour qu'on y pense plus et qu'on passe à autre chose, je m'attendais à faire un monologue de ouf qui te couperait la chique, mais j'ai absolument rien à ajouter. »

L’entendre de sa bouche est pire encore que de m’en souvenir. On s’est embrassés, tout les deux, elle et moi, moi et elle. C’est la fois terrible et à la fois pas tant que ça. Cependant j’envisage tout de même de prendre un truc et de le jeter par la fenêtre pour créer une diversion. Mais il y a aucune fenêtre dans ce trou, alors j’ai rien d’autre à faire qu’à écouter ce qu’elle me dit. Au fond, elle a certainement raison, en parler allait certainement être la solution à tous nos problèmes, mais j’ai jamais réussi à dire quoi que ce soit d’intelligent dans des situations pareilles. Je crois que je me suis toujours défendu avec des conneries et que j’ai toujours accepté les gifles que je recevais en retour. Cette fois-ci était peut-être différente, parce que c’était Joan et que j’avais pas le droit d’être incorrect avec elle. Je m’accorde le droit d’agacer les autres, de les injurier, de pleurer devant eux, d’éclater de rire sans raison, d’avouer des fantasmes sexuels bizarres, de me sentir mal, de leur mentir à l’occasion, mais pas à elle.

« Ha si, j'ai peut-être quelque chose à te dire : bordel, mais tu sais pas embrasser ! Sérieux, c'est quoi cette manie d'ouvrir à peine ta bouche et de faire venir ta langue et la ressortir, comme si elle était un coucou d'une horloge ? Beurk beurk beurk. » Elle me dit.

Je grimace. Dommage qu’elle ne puisse pas me voir. J’ose pas l’avouer mais pour ma part j’ai pas trouvé ce baiser si désagréable. Pour la forme j’émets un ricanement moqueur. Qu’elle le prenne comme elle veut, je suis de toute façon blessé dans mon orgueil à tel point que je suis presque prêt à recommencer pour lui montrer qu’elle se trompe et que ce qu’elle dit est outrageusement faux. Mais d’un autre côté je vois pas pourquoi elle mentirait à ce propos, alors je commence à rougir honteusement et je suis finalement content qu’on se soit trouvé dans les ténèbres à ce moment là. J’ai brusquement peur que l’on change de sujet sans avoir eu le temps de mettre les choses au point. Je tape du bout des doigts contre la porcelaine du lavabo le plus proche, un petit rythme que j’invente instantanément et que j’oublie la même fraction de seconde. Je fixe l’endroit ou je pense que Joan est.

« J’arrive pas à m’expliquer non plus en quoi c’est mal et en quoi c’est bien. Il avait jamais été question de ça entre toi et moi et pourtant ça s’est fait et ça a provoqué des tas de trucs auxquels je m’attendais pas. Des trucs qui te dépassent et qui me dépassent aussi, parce que je suis à côté de la plaque et que j’embrasse comme un demeuré. » Je dis.

Je décolle mon dos de ce sur quoi je suis en appui et m’avance très légèrement, dans l’optique d’être à la fois plus audible, et peut-être aussi plus percutant, mais je sais pas exactement où est-ce que mes mots me mènent et s’ils vont réellement finir par avoir du sens. Je continue toutefois sur ma lancée, avec l’envie irrésistible de fumer une cigarette aux clous de girofles et celle de secouer cette petite punk dégoutante.

« Je comprends pas, je comprends vraiment rien. Un jour c’est l’éclate et le lendemain c’est le froid polaire, tout ça pour un pauvre échange de salive innocent. C’est exagéré, c’est excessif, c’est tout ce que tu veux, mais à ce prix là, j’aurais au moins espéré te serrer, effectivement. » Je conclus, les mains dans les poches.

Je tourne et tourbillonne sur moi-même, les morceaux de verres craquent sous mes pieds et soudain je rencontre quelque chose de dur au niveau de ma hanche. Celui-ci se serre mollement et je comprends alors qu’il s’agit de la main de Joan, posée au hasard sur l’os saillant de mon bassin. Je l’attrape pour l’en retirer et sans y réfléchir vraiment je garde sa main dans la mienne.

« Peut-être qu’on devrait simplement arrêter d’en faire tout un plat et oublier qu’à un moment de nos vies on a franchi les limites de l’amitié. »

Je pense à Cleo et à la façon dont elle a été blessée sans mot dire. Je pense à la façon dont j’ai mal géré la situation. Je pense à combien je suis confus et partagé. A combien j’ai dégradé nos relations à tous les trois.

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MessageSujet: Re: I'm angry anyhow (Joan).   Dim 27 Mai - 22:57

Je me dis que parfois, j'ai vraiment des idées foireuses, et que je devrais sérieusement penser à agir comme ma sœur jumelle, en arrêtant d'être cette petite conne qui agit sous ses pulsions et en devenant une autre. En devenant elle, en fait. Je voudrais avouer à Clay qu'à cet instant précis, j'ai peur du noir, mais je peux pas admettre devant lui que je suis faible, que je suis pas celle que je prétends, que je suis pas aussi forte que je semble l'être, même si je me dis, qu'après toutes ces années partagées ensemble, il doit s'en douter. De mes faiblesses, de mes peurs, de mes douleurs. Je tends à nouveau le bras pour chercher sa main que je veux saisir, mais je ne trouve que le vide, me rendant compte qu'il s'est installé au bout de la pièce comme si, je sais pas, je suis un démon qui diffuse des vagues négatives qui pourraient l'affecter et le faire devenir comme moi. Ou que je pue. Je suis mieux seule, de toute façon. « J’arrive pas à m’expliquer non plus en quoi c’est mal et en quoi c’est bien. Il avait jamais été question de ça entre toi et moi et pourtant ça s’est fait et ça a provoqué des tas de trucs auxquels je m’attendais pas. Des trucs qui te dépassent et qui me dépassent aussi, parce que je suis à côté de la plaque et que j’embrasse comme un demeuré. » En fait, je crois que je comprends pourquoi j'ai tant de mal à accepter ce couple qu'ils formeraient, simplement parce que je sais que Cleo est trop bien pour Clay. Lui, c'est qu'un paumé, incapable de s'exprimer correctement, de prendre position sur les choses alors que Cleo, elle est rationnelle. Elle fait partie de cette société et est parfaitement intégrée, nous, Clay et moi, on est ces enfants oubliés incapables de comprendre le chemin qu'ils doivent suivre, la place à laquelle ils appartiennent. On est les mêmes et j'aimerais qu'il m'aime. « J'ai menti. C'était bien, en fait. C'était tout doux, je me suis même demandée si je me frottais pas à tes fesses, face à une telle douceur. » Je tente l'humour pour détendre l'atmosphère, je veux faire croire que rien ne m'atteint alors que cette conversation provoque une douleur incontrôlable en moi. J'attrape une cigarette dans ma poche en prenant par la même occasion mon briquet, et j'allume ce qui, je sais, me procura un plaisir intense pendant quelques minutes. Je sais pas, c'est bizarre, mais j'oublie qu'on est dans le noir, et lance machinalement une clope dans le vide pour qu'il en fume une, lui aussi, et je me rends compte que ça ne sera que le carrelage dégueulasse qui en aura le droit. Tant pis. Je tire longuement sur ma cigarette pour qu'une légère lumière parcourt les toilettes, juste dans l'espoir de percevoir son visage, de voir comment il prend cette conversation, s'il est sérieux, ou s'il se fout de ce qui se déroule, à cet instant-même.

« Je comprends pas, je comprends vraiment rien. Un jour c’est l’éclate et le lendemain c’est le froid polaire, tout ça pour un pauvre échange de salive innocent. C’est exagéré, c’est excessif, c’est tout ce que tu veux, mais à ce prix là, j’aurais au moins espéré te serrer, effectivement. » Si j'étais une fille comme Cleo, je crois que je devrais être un peu remontée pour cette façon d'insinuer que j'étais prête à coucher avec lui, à insinuer en fait, que je suis une fille facile. Mais moi, ça me fait rire, parce que c'est ce que je suis après tout, et que si Cleo ne nous avait pas vu, je suis persuadée que la suite de baiser aurait été celle qu'il a énoncé. Machinalement, sans réfléchir encore une fois, je me lève des toilettes et je marche comme une idiote, en tentant de le rejoindre, et je comprends finalement que je suis près de lui, quand je lui rentre littéralement dedans. Je m'écarte parce qu'il faudrait pas qu'il pense que je sois prête à me donner à lui là, maintenant, pourtant mon objectif n'en est pas moins. J'attrape ses mains que je pose sur mes seins, et ça me fait rire, un peu. J'ai jamais su s'il les a un jour désirés, je sais même pas si ça lui fait plaisir de rentrer en contact avec eux. C'est pas comme s'ils étaient imposants en fait, c'est pas comme s'ils avaient une belle forme. Mais je sais pas, je reste convaincue, et je le sais, que Clay est meilleur que les autres hommes, qu'il n'est pas ce genre d'idiots alléchés face à aux femmes factices, ces blondes platines vulgaires à la poitrine tant généreuse, qu'elle devient plus une arme qu'un atout de séduction. « Tu peux les plotter pendant trois minutes top chrono. Au moins, on aura une vraie raison d'agir comme si on était des étrangers l'un pour l'autre. » Dis-je, en tentant d'articuler le plus possible, mais avec quelques difficultés à être compréhensible, la cigarette tenant entre mes lèvres.

Je me dis que je suis heureuse que cette fois-ci, Cleo ne soit pas là pour nous épier, ou tout du moins, planter son regard empli de douleur pour me faire à nouveau culpabiliser. Je me rends compte que je suis plus enthousiaste que je le devrais l'être à l'idée d'être seule avec Clay, mais je choisis d'ignorer cette réalité, parce que je veux pas devenir cette fille qui se torture face à trop de questions. Clay ne transformera pas ma simplicité, mon je m'enfoutisme, ce que je suis, en fait. « Peut-être qu’on devrait simplement arrêter d’en faire tout un plat et oublier qu’à un moment de nos vies on a franchi les limites de l’amitié. »  Je crois que Clay tente d'enterrer la hache de guerre et insinue qu'il veut qu'on redevienne comme avant, idée qui m'aurait plu si elle n'avait pas été tourner de la sorte. Alors je le frappe, je le pousse du lavabo contre lequel il est adossé pour qu'il soit contre le mur, dans l'incapacité de fuir face à ma colère. Je jette ma clope contre sur le sol parce que je ne veux pas qu'elle me déconcentre, et mes mains se referment sur ses poignets, avec toute ma force, dans l'espoir de lui faire mal comme il vient de me le faire, mais je sais que même une mouche parviendrait plus à le faire souffrir que moi. « Comment ça on a franchi les limites de l'amitié ? » Peut-être que ma réaction est disproportionnée, mais j'y pense pas à cet instant, parce que ces mots résonnent dans ma tête comme une mauvaise chanson qui ne veut pas quitter notre esprit. Chaque fois qu'elle se fait à nouveau entendre dans mon putain de crâne, j'ai envie de crier, et même de pleurer, parce que je peux pas croire qu'il pense qu'on a franchi les limites de l'amitié, insinuant alors qu'on est plus que des amis, et par conséquent, qu'on ne peut plus dire que nous sommes des amis. Je comprends pas comment il peut remettre en doute une chose si importante à mes yeux, et dite avec une telle indifférence dans sa voix, dans sa phrase, que ça me tue. « J'étais complètement ivre, alors remettre en cause notre amitié à cause d'un baiser alcoolisé prouve que t'es qu'un pauvre débile. J'aurais pu embrasser n'importe qui, c'est tombé sur toi, c'est tout. J'aurais pu même rouler une pelle à ma sœur et ça n'aurait pas paru pour l'inceste pour autant, alors arrête de t'imaginer des trucs, ou je sais pas quoi. » Je m'éloigne de lui parce que je crois que j'ai tant crié et à une proximité telle que, je me demande s'il va pas être sourd pendant quelques secondes, alors je préfère lui donner un peu d'air. Je récupère au passage ma cigarette jetée mais pas pour autant écrasée, et je tire sur elle d'une telle force que je me demande si je ne l'ai pas fini en une seule taffe. Je crois que si je suis si énervée, c'est uniquement parce qu'il m'a déstabilisé, et que je déteste ça. Et que si j'avais su que notre amitié allait être bouleversée de la sorte, je l'aurais jamais embrassé. Ou peut-être que si. Inconsciemment, je me demande si l'idée d'être abandonnée n'était pas qu'une excuse pour aller me jeter sur lui. « Et puis toi t'étais sobre, t'aurais pu me repousser. Je commence à croire que tu voulais de ce baiser. Et me baiser. » Je suis injuste parce que je l'accuse alors qu'il a fait preuve de gentillesse envers moi et n'a pas voulu m'humilier devant tout le monde en me repoussant. Je voudrais présenter mes excuses pour mes mots préalablement prononcés, mais ma fierté s'y oppose, et je me mue alors dans le silence. Je crois que je suis troublée mais que j'ose pas me l'avouer, alors pour unique défense à ce sentiment qui m'était inconnu quand il s'agissait de Clay, je l'attaque. Même si je me sens nulle d'agir comme ça.

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MessageSujet: Re: I'm angry anyhow (Joan).   Lun 28 Mai - 14:23

La flamme du briquet qu’elle enclenche éclaire alors son visage pendant environ une minute. Elle a les sourcils froncés, les lèvres serrées autour d’une énième cigarette, et puis elle disparait. Je ne distingue plus que l’extrémité incandescente de sa clope dans l’obscurité. La lueur m’indique où elle se trouve, si elle se déplace, où est son visage et où sont ses mains de façon plus ou moins régulière. J’attends qu’elle réagisse en mettant de côté les notes d’humour qu’elle peut me balancer car je crois qu’ici et maintenant c’est plus exactement le moment de se contenter d’une insouciance qu’on a pourtant longtemps nourrie. Ses chaussures crissent légèrement sur les saloperies éparpillées autour des chiottes et il y a toujours ce petit point rougeâtre qui crépite et m’informe qu’elle s’approche de plus en plus de l’endroit où je me trouve. Je pourrais reculer ou me faire entendre mais je fais rien de ça et au contraire je m’immobilise jusqu’à ce qu’elle me percute et que l’un de mes pieds soit forcé de reculer de quelques centimètres. Nos corps s’écartent presque immédiatement mais je sens alors ses mains qui se saisissent des miennes pour les déposer sur elle. J’identifie rapidement ce que je touche mais je me récrie pas pour autant et je reste là, les bras tendus avec ses seins au creux des paumes. Je crois que j’ai imaginé plusieurs fois au cours des années me retrouver plus ou moins dans cette situation sans jamais y voir quoi que ce soit d’exécutable. Ils sont à peu de choses près tels que je les imaginais. J’avale ma salive avec quelques difficultés en essayant de faire aucun bruit qui puisse trahir que je sois soit trop détendu, soit pas assez.

« Tu peux les plotter pendant trois minutes top chrono. Au moins, on aura une vraie raison d'agir comme si on était des étrangers l'un pour l'autre. » Elle dit, mais ses mots s’échappent périlleusement, à moitié mangé parce qu’elle coince sa cigarette au coin des lèvres pour s’exprimer.

Je me sens brusquement différent de qui je suis ordinairement quand je me trouve avec elle. Je retire mes mains, maintenant avec impatience tant je vis mal la situation et tant je nous trouve épouvantables. Pendant des semaines j’ai regretté qu’on se soit roulé une pelle et voilà que je me retrouve à lui tripoter les nibards dans cet endroit glauque à souhait. Au fond, ça me ressemble. Je suis incapable de faire les choses bien et les filles ouvertes ont le pouvoir de m’embraquer là où elles le veulent. Je pense à Cleo qui a proprement parler n’est pas une fille ouverte au sens ou je l’entends mais qui n’en reste pas moins une fille avec laquelle je me montre bizarrement obsessif. Je me demande ce Joan pense de tout ça, de ce qu’elle est en train de faire et des mes réactions. Est-ce qu’elle me teste, est-ce qu’elle s’amuse, ou est-ce qu’au contraire elle oublie tout dans la simple optique d’être libre de faire ce qu’elle veut sans qu’on lui dicte quoi que ce soit. Je suis pas celui qui se trouve être en position de lui faire des leçons de morales, normalement je suis même pas celui qui se trouve en position de la repousser, tant elle m’attise, me sollicite, me décourage et me force à lutter, mais j’imagine qu’elle joue au mauvais jeu. Mes mots semblent lentement faire leur chemin jusqu’à sa boîte crânienne et je sens comme une odeur de fureur mêlée à de l’adrénaline lorsqu’elle balance sa clope par terre et qu’elle me décolle des lavabos pour m’envoyer me plaquer contre le mur, clôturant l’instant en s’accrochant fermement à mes poignets. Cette fille est minuscule mais visiblement rien de l’empêche d’obtenir ce qu’elle désire. Elle est à demi-désaxée, parfois démente, souvent insensée mais j’imagine qu’elle maîtrise complètement son existence quand moi j’y suis enchaîné. Sans que je m’en aperçoive mon cœur s’est mis à battre plus fort et j’ai le souffle saccadé. Je voudrais pas crever dans ces chiottes.

« Comment ça on a franchi les limites de l'amitié ? » Elle grogne, et je voudrais voir son visage, simplement parce que ça impliquerait qu’elle voie le mien et que peut-être enfin on pourrait se comprendre.

J’avais pas mesuré la teneur de mes propos et mes mots m’avaient alors semblé raisonnables et même plutôt véridiques dans leur genre. Peut-être que je me suis gouré sur toute la ligne en croyant qu’il était nécessaire de lui dire ce qu’il en était au lieu de me focaliser sur son ressenti et sur ce qu’elle ne voulait pas entendre. Ses doigts sont toujours serrés juste au dessus de mes mains et les bouts de ceux-ci tordent ma peau de manière menaçante. Je voulais pas la mettre en rogne ni lui faire de la peine mais, perdu dans mon monde et sans résistance extérieure j’ai le temps d’une seconde cru bien faire.

« J'étais complètement ivre, alors remettre en cause notre amitié à cause d'un baiser alcoolisé prouve que t'es qu'un pauvre débile. J'aurais pu embrasser n'importe qui, c'est tombé sur toi, c'est tout. J'aurais pu même rouler une pelle à ma sœur et ça n'aurait pas paru pour l'inceste pour autant, alors arrête de t'imaginer des trucs, ou je sais pas quoi. » Elle dit.

Et encore une fois on se retrouve sur des ondes parallèles l’une à l’autre. Si parallèles d’ailleurs qu’on mesure à quel point elles sont loin de se croiser. Je pense qu’elle ment, mais je sais pas encore si c’est à moi ou à elle. Je suis pas souvent certain de grand-chose, mais à ce moment là je le suis et je suis conscient de m’être rien imaginé. J’ai alors envie de lui hurler dessus pour m’imposer face à cette injustice grandissante. Je sais pas pourquoi j’ai l’impression que c’est illégitime de sa part de me faire croire que le hasard avait joué dans l’instant. Ça devrait pas avoir d’importance, ça devrait même faciliter les choses, mais j’en veux pas de ces conneries. Je veux pas être qu’une putain de coïncidence, un imprévu ou un coup du destin. Je me dis qu’au fond j’ai besoin, de façon assez hypocrite, qu’elle veuille ouvertement de moi. Je souffle un peu trop fort par le nez comme si j’étais dans une colère noire mais c’est plutôt que je suis transporté par l’effort. Il y a longtemps que j’ai pas eu à me frotter à de pareilles difficultés. Lentement son étreinte s’amenuise et puis je l’entends qui recule de quelques pas.

« Et puis toi t'étais sobre, t'aurais pu me repousser. Je commence à croire que tu voulais de ce baiser. Et me baiser. » Elle ajoute.

Je réfléchis, observe la fin de sa cigarette qu’elle s’est probablement penchée pour récupérer s’élever jusqu’à son visage et puis je me décolle du mur. Je m’avance vers elle et je m’arrête tout proche.

« J’ai aussi mes torts, j’ai jamais prétendu le contraire. Peut-être que j’ai voulu que tu m’embrasses, peut-être même que j’ai apprécié, peut-être aussi que j’ai souvent envie de toi que tu sois absente ou a dix mètres et peut-être même que j’aime le fait que tu veuilles de moi mais tout ça n’a aucune importance puisque je vais devoir choisir entre Cleo et toi et que ça me rend fou. Alors ne fait pas de moi un putain de concours de circonstance. » Je lâche, les dents serrées.

Je crois que ça n’avait jamais été avoué à voix haute. La sensation est désagréable, un peu comme un coup de poing dans le thorax.
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MessageSujet: Re: I'm angry anyhow (Joan).   Mar 29 Mai - 20:16

Je sais pas ce que j'attendais de mon acte. Je sais pas si je voulais qu'en touchant mes seins, l'idée de me faire l'amour lui traverse l'esprit ou si je voulais simplement qu'il se rende compte que je suis là, devant lui, à espérer quelque chose qui ne viendra jamais. En tout cas, ma poitrine ne semble pas le distraire très longtemps, et ça me fait mal, je sais pas si c'est une question d'égo ou simplement la réalité qui éclate contre mon gré : il ne m'aime pas. Il n'est amoureux que de Cleo, alors que j'espérais timidement que ça soit possible qu'il nous aime équitablement, toutes les deux, et de la même façon. Quand ses mains s'enlèvent de mon corps, je peux pas m'empêcher de poser les miennes sur ma poitrine, comme pour effacer toutes traces de son passage. Parce que je me sens salie. Je me sens dégueulasse et repoussante parce qu'il ne veut pas de moi. Je voudrais quitter ces foutus toilettes infâmes mais je suis condamnée à rester, parce que je sais que tant qu'on aura pas régler nos différents, je resterais dans cet état. Mélange de trouble, de douleur, de doute, et d'espoir, cocktail de sentiments qui me fait péter les plombs, qui me rend plus hystérique qu'à l'habitude et qui m'épuise. Tellement.

« J’ai aussi mes torts, j’ai jamais prétendu le contraire. Peut-être que j’ai voulu que tu m’embrasses, peut-être même que j’ai apprécié, peut-être aussi que j’ai souvent envie de toi que tu sois absente ou a dix mètres et peut-être même que j’aime le fait que tu veuilles de moi mais tout ça n’a aucune importance puisque je vais devoir choisir entre Cleo et toi et que ça me rend fou. Alors ne fait pas de moi un putain de concours de circonstance. » Je comprends pas trop ce qui se passe. J'essaie pourtant, très fort, mais je suis là, les yeux complètement écarquillées, les lèvres scellés, serrées, fermées. Il est si près de moi que j'ose même pas respirer, parce que j'ai peur que mon souffle irrégulier et trop fort dénonce mon trouble et mon étonnement. C'est pas ma faute à moi, si je suis habituée à ton écrasement constant. C'est pas ma faute à moi, si tu m'as toujours laissé jouer les tyranniques avec toi, avec ton unique réponse tes bras, et ta douceur. Ta voix sèche, je l'entends pour la première fois, et j'en veux pas, j'en veux plus. J'aurais aimé que tu me préviennes que t'allais lâché un raz de marée, j'aurais pu au moins me boucher les oreilles afin d'éviter de constater qu'on est plus les mêmes. Que notre relation que l'on a partagé après tant d'années est définitivement terminé. Ce pseudo équilibre qu'on avait réussi à établir est mort, et je crois que ça emporte un peu de mon âme, avec. Et surtout, l'intégralité de l'espoir que j'avais, celui qui me criait de croire encore à l'idée qu'on allait redevenir les trois mousquetaires. Cette vérité est trop brutale pour mon corps frêle, alors mes jambes se mettent à trembler, et j'ai beau tenter de les contrôler, c'est comme si elles voulaient danser sur elles-mêmes. Choisir entre Cleo et moi. C'est moi qui ait pressé la détente, c'est moi qui ait déclaré la guerre, et pourtant je n'ai jamais réfléchi aux conséquences qu'il pourrait y avoir. J'ai envie de souffler dans l'air trop lourd des toilettes que c'était qu'un baiser, pas la troisième guerre mondiale mais ça serait pas crédible, alors que maintenant, je me sens complètement dévastée. « Tu m'obliges à admettre que j'ai voulu de ce baiser. Tu m'obliges à avouer que j'ai intentionnellement rendu ma sœur jumelle malheureuse. T'es dégueulasse. » J'ai toujours su que j'étais pas une fille bien, que je faisais des choses illégales, que j'avais un comportement de merde, mais j'ai toujours intimement espéré que ce caractère de merde, cette façon égoïste d'être, ne déteindrait jamais sur Cleo. J'ai perdu le défi, et Cleo étant mon talon d'Achille, je peux pas m'empêcher de pleurer comme une enfant, bénissant alors l'obscurité de l'endroit pour ne pas que Clay constate mon piteuse état. Qu'il me prenne en pitié alors que je ne suis que l'unique coupable.

Puis je peux pas me retenir. Toujours et encore dictée par mes intuitions, mes pulsions, sans les réfléchir, sans les calculer, je me jette dans les bras de Clay en réfugiant mon visage dans son cou. « T'as pas de décision à prendre, le choix est déjà fait. T'es amoureux d'elle. Et elle est amoureuse de toi. C'est tout, c'est comme ça. » Je prétends lui rendre la vie plus facile en lui indiquant le choix qu'il doit faire, mais pourtant je parviens pas pour autant à quitter ses bras. Aime-la elle, mais ne me lâche pas. Garde-moi près de toi, continuellement. Quand je m'apprête à lui dire de s'en aller d'ici et de rejoindre Cleo, la pression contre son corps se fait plus forte, comme si mon corps m'interdisait de prononcer un tel ordre. Ma tête quitte son cou pour lui faire face, et j'approche le briquet de nos visages pour qu'on puisse se regarder. Je sais pas ce que j'attends, je sais pas que ça m'apportera, je crois-même que ça ne sera que plus dur, mais je le fais quand même. Je suis qu'un paradoxe constant. Perpétuel. « C'est mieux si on ne se voit plus, alors. » Mais qu'est-ce que je fais moi sans toi ? Qu'est-ce que je suis moi sans toi ? Je te fais croire que je pourrais survivre, qu'après tout c'est dans mon caractère, je suis forte, mais ton absence, ça me tuera, je le sais. C'est une certitude, une vérité. Je me mets sur la pointe des pieds pour atteindre tes lèvres car après tout, tant que tu quittes pas cette pièce, t'es encore aussi à moi. Je m'approche dangereusement de sa bouche, et je l'embrasse. Légèrement, timidement, rappelant inexorablement ce baiser d'innocence qu'on avait vu quand on était hauts comme trois pommes. La flamme du briquet toujours présente, je crois qu'il peut entre-apercevoir mon sourire, et puis je prétends vouloir à nouveau goûter à ses lèvres, que je contente cette fois-ci de mordiller, en riant, sans trop savoir pourquoi. Peut-être pour dédramatiser les choses pendant quelques secondes, détendre l'atmosphère. Seulement je m'emballe, tu sais, je suis comme ça, un baiser et puis je pétille, je suis plus tout à fait moi. Je mets le briquet entre tes doigts et je force l'un d'eux à rallumer la flamme éteinte, pour ne pas que tu perdes une miette du spectacle. Je retire mon tee-shirt que je jette sur le sol crade et collant des toilettes, décroche mon soutien-gorge qui rejoint mon premier vêtement. Je te quitte pas des yeux, étant aux aguets de la moindre réaction. Tu redeviens ce mollusque que t'as toujours été, que j'ai toujours aimé, et on retrouve nos rôles mutuels, constatation qui crée un sourire permanent sur mon visage. Alors j'ai pas peur, et je m'attaque à ta ceinture que je veux défaire, mais je n'y arrive pas. Je comprends que je dois arrêter de te soutenir le regard et de me concentrer sur l'objet que je maudis à présent : c'est Cleo qui te l'a offerte. Pire qu'une piqûre de rappel, pire que des palettes servant à réanimer un cœur éteint, je sursaute face à cette information. J'arrache le briquet de sa main pour éteindre l'unique source de lumière de l'endroit, refusant qu'il voit à nouveau mon corps à moitié dénudée. Je suis qu'une monstre. « Tu sais que si tu lui fais du mal, je te frapperais, n'est-ce pas ? » Je suis qu'un monstre paradoxal, incapable d'être rationnel, d'être compréhensible, d'être stable. Mais ça, tu le sais déjà.

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MessageSujet: Re: I'm angry anyhow (Joan).   Ven 1 Juin - 21:36

C’est le silence qui s’installe une fois ma dernière syllabe prononcée. Quelque chose d’assez lourd et dont la teneur est évidente. J’ai à peu près dit tout ce qu’il fallait pas, clarifié des trucs flous qui pourtant auraient mieux fait de le rester et créé des doutes nouveaux. Je commence progressivement à m’en vouloir, à mesure que Joan reste coite et que je prenne conscience des aveux que je n’ai fait qu’à demi-mot. J’ai pas l’habitude de paraitre aussi investi dans l’existence et c’est souvent comme si je me laissais porter par les événements au lieu d’y mettre une part de moi, et je me dis que c’est exactement ce à quoi elle pense. Elle se demande où je suis passé. Ou sont passés mon indifférence et mon éternel mutisme. Je suis pas certain moi-même de savoir où ils se trouvent. Ne reste à la surface qu’un vague projet selon lequel les pendules méritent d’être remises à l’heure. Il m’est fréquemment arrivé de gueuler sur elle. Le plus souvent pour des conneries et parce qu’il fallait que quelqu’un le fasse. Je me sentais chanceux d’être celui-là. Mais alors mes excès de voix n’avaient pas d’importance ni d’impact. Ces hurlements que j’avais poussés là étaient motivés par autre chose. Je contrôle plus grand-chose dans l’incertitude. Je déteste me tenir sur le fil, ne sachant pas combien de temps il me reste à tenir en équilibre avant qu’on me proclame vainqueur. Je commence à ressentir un semblant de culpabilité qu’il va falloir que je réprime si je veux réussir à tenir la distance. Je me demande si là tout de suite elle est en colère, et si elle l’est, si c’est contre moi ou plutôt contre elle. Je voudrais pas qu’elle mélange nos fautes et nos échecs, même s’ils se ressemblent malgré nos efforts pour bien les distinguer.

« Tu m'obliges à admettre que j'ai voulu de ce baiser. Tu m'obliges à avouer que j'ai intentionnellement rendu ma sœur jumelle malheureuse. T'es dégueulasse. » Elle dit, et les derniers mots sont soufflés, comme accentués.

Je suis conscient du degré de reproches faits à mon encontre là-dedans mais je sens aussi que c’est à nous deux qu’elle s’en prend. Je veux bien endosser des tas de choses, je veux bien qu’on me maltraite et qu’on me bouscule pour la postérité, pour un sentiment de satisfaction éphémère, pour la sensation de foutre les bouchées doubles, mais je refuse qu’on me prenne pour un con. Je peux pas accepter qu’on me foute tout sur le dos quand les bévues sont partagées. Je t’ai obligée à rien, Joan, c’est tout bonnement ce que t’as fait, et c’est une entreprise dans laquelle je t’ai accompagnée en sachant pertinemment ce que ça impliquait, au fond. T’as voulu m’embrasser. D’ailleurs ce serait stupide de faire comme si de rien n’était, sans quoi nos problèmes seraient du vent et ne nécessiteraient pas d’être résolus. Une fois encore j’ai la sensation que ça aurait été plus facile, mais on est abonnés à la complexité. J’ai jamais su faire sans, avec ces filles là. J’ai jamais su faire sans elles non plus. Je l’entends qui renifle un peu, et alors que je commence à me poser la question de savoir si elle s’est mise à chialer ou non, son corps se colle au mien et ses bras s’enroulent autour de moi. Je sens que je fais la même chose, je l’attire encore plus près, je mets une main à l’arrière de son crâne, sans rien dire. Je me rends compte avec étonnement que je suis pas attendri du tout par ses larmes mais que j’ai aucune envie de heurter sa sensibilité une nouvelle fois. Je veux la consoler, sans pour autant compatir à ce qu’elle souffre. Il paraît évident que je suis toujours malade de désespoir. Son visage est dans mon cou, à moitié enfoui sous ma veste, et je l’entends qui respire.

« T'as pas de décision à prendre, le choix est déjà fait. T'es amoureux d'elle. Et elle est amoureuse de toi. C'est tout, c'est comme ça. » Elle dit, à moitié résignée.

C’est pas la première fois qu’on m’envoie au visage les prétendus sentiments de Cleo à mon égard. Sans être complètement réfractaire à l’idée, j’ai depuis longtemps décidé de n’y croire qu’une fois que la principale intéressée l’aurait confirmée. Quant à mes propres sentiments, je saisi pas bien comment Joan peut mettre des mots dessus quand moi j’en suis pratiquement incapable. Mais le fait est qu’elle y est parvenue. Je pète à moitié les plombs, je sens en moi quelques trucs dont j’ignore le nom qui commencent à trembler un peu. J’ai envie de serrer les poings mais mes mains sont occupées à calmer les flots de tristesse de mon interlocutrice. Je me sens comme quand gamin j’avais eu envie de lui foutre la tête sous l’eau pour lui dicter sa conduite. Je voudrais qu’elle me comprenne sans que j’ai besoin de trop en dire, mais ça a jamais été comme ça entre elle et moi, y’a toujours fallu que j’en dise le plus possible, même quand j’avais pas sous la main le vocabulaire adéquat. Son visage se déloge lentement, et la flamme de son briquet jaillit à quelques centimètres de ma tête. Enfin je la distingue pleinement, une fois de plus trop proche et à la fois, bizarrement, pas assez. J’arrive pas à penser à Cleo alors que c’est exactement ce que je devrais faire. Je pense à elle depuis la préadolescence, ce moment où j’ai compris que c’était pas qu’une fille avec qui on pouvait sauter dans les flaques et qui vous prêtait son parapluie pendant l’orage. Mais là e moment précis, j’en suis quasiment incapable. Je n’vois que sa sœur, que j’ai – littéralement – considérée plus tardivement, dans tous les sens du terme. Je vois pas pour quelle raison elle me dirait ce que j’ai ou non à faire. Je m’en veux d’être en rage quand elle tente d’être douce, mais j’ai eu le temps de m’y faire. On sera jamais tournés du même profil.

« C'est mieux si on ne se voit plus, alors. » Elle murmure, et je l’observe avec ce que j’imagine être de l’intensité.

Je pense à quelle facilité je pourrais passer mes mains autour de son cou dans le but de lui comprimer les poumons. Je pense à quelle facilité je pourrais lui fracasser le crâne pour qu’elle cesse d’être un danger et une interrogation perpétuelle. Et je pense aussi à combien l’idée même de mettre un terme à son existence me fou les boules. Je suis pas amoureux des deux, je suis juste inapte à me séparer de l’une ou de l’autre. Cleo a des trucs que Joan n’a pas. Joan a tout ce que Cleo n’a pas. Je suis pas certain de pouvoir faire face à son absence. Je secoue légèrement la tête, les yeux à moitié fermés, mais ce mouvement est imperceptible, personnel et il prend fin lorsque ses lèvres se posent sur les miennes. A ce moment là mes paupières sont entièrement closes et je sais que c’est pas sans importance. Je m’attendais à ressentir un arrière-goût de déjà vu mais c’est pas le cas. En soi c’est quelque chose de nouveau, sans que je sache expliquer de quelle manière. Elle se soustrait à cette démonstration d’intimité craintive pour s’y engager de plus belle et cette fois-ci j’ouvre les yeux mais n’esquisse aucun mouvement lorsque ses dents infligent quelques infimes morsures à ma lèvre inférieure. Je suis même surement trop immobile, mais qu’à cela ne tienne, elle se marre. Elle me fourre le briquet entre les doigts et je fais de mon mieux pour maintenir l’ardeur du feu tandis qu’elle s’éloigne légèrement et qu’elle quitte peu à peu ses fringues. Il serait judicieux que je lève le pouce et que je nous ramène à l’obscurité pour m’éviter d’avoir à assister à cette scène compromettante, mais j’arrive pas à m’y résoudre. Quelque chose me ramène constamment à elle, à ses conneries, à ses seins qu’elle m’expose et à son corps contre lequel j’ai nécessairement envie de me jeter pour lui foutre mes mains partout. Je serais bête de gâcher ce que, laconiquement, j’ai avec Cleo. Je serais bête de gâcher ce que j’ai, visiblement, avec Joan. Je me rends alors compte qu’à la différence de ce que je m’étais toujours imaginé et de ce qu’on m’avait toujours forcé à croire, je suis un type bien. Je me soucie de ce qui est moral ou non. Seulement des événements me poussent à oublier qu’à un moment ou un autre j’ai eu des principes. Ses mains qui s’affairent sur la boucle de ma ceinture caractérisent l’un de ces événements. On se fixe sans mot dire et je me demande si elle voit dans mes yeux à quel point je perds les pédales. Je suis d’une faiblesse infinie. J’ai pas besoin qu’on me promette quoi que ce soit, suffit qu’on m’offre des trucs. Je m’apprête à recevoir une pipe dans la mesure du possible mais le périmètre résiste et à priori, Joan prends ça comme un signe du destin. Ses yeux quittent alors les miens et se posent une vingtaine de secondes sur ma ceinture que malgré moi je maudis clairement. Je sais plus d’où elle me vient, probable qu’on m’en ait fait cadeau un jour ou l’autre. Je sens mon cœur battre, puis elle m’arrache le briquet des mains et on disparait. Mes épaules s’affaissent. Il est évident qu’une fois encore on a frôlé la catastrophe. Je suis attiré par cette fille comme un chat par une putain de souris trop rapide pour lui. Elle a ce tas de galeries souterraines où se cacher quand lui n’a nulle part où aller. Et clairement, j’ai nulle part où aller. J’ai pas ma place entre les sœurs Gilliam. Au fond je l’ai jamais eue. J’ai jamais été en mesure de la mériter.

« Tu sais que si tu lui fais du mal, je te frapperais, n'est-ce pas ? » Elle me dit, et j’entends au son de sa voix qu’elle est éminemment sérieuse. Du moins croit-elle à ce qu’elle dit.

« J’en ai marre de tout ce cinéma à la con. » Je lance, et je remarque qu’en effet j’en ai ma claque. J’ai l’impression d’être à la fois gêné d’avoir une fois encore faillit céder à la tentation et d’être passé à ras de la cajolerie salvatrice sans pour autant rien obtenir. Je suis mal à l’aise de me montrer aussi surfait, mais ça m’empêche pas de poursuivre.

« T’as pas le droit de me mettre dans tous mes états pour ensuite m’envoyer me faire foutre. Je veux dire… t’as pas le droit de me jeter dans son camp comme une putain de balle en t’affirmant bonne perdante sans que j’ai pu user de mon droit de véto. » Je m’aperçois que ce que je dis est de l’hypocrisie pure et qu’elle aurait tord de me laisser continuer sur cette voie, mais j’ai toujours eu du mal à séparer le blanc du noir.

J’essaye de m’imaginer ce que Cleo dirait si elle m’entendait dire ce genre de saloperies. Je perdrais tout crédit à ses yeux. J’ai pas envie de finir comme un moins que rien en laissant le tout me filer entre les doigts. Je suis deux morceaux distincts que la vie voudrait rassembler pour que je finisse par cadrer avec la norme. C’est ce que je voudrais aussi. L’écart entre ce que je veux et ce qui est envisageable m’apparait comme un gouffre énorme. « Cette histoire me casse les couilles. » Je souffle, une main dans les cheveux. Je me demande ce qui fait que rien ne s’arrête. Tout ça aurait pu se dérouler autrement. J'aurais pu accepter qu'elle baisse les bras au niveau de cette bataille là. J'aurais pu fermer ma gueule et me faire tout petit. Commencer à m'associer mentalement à une vie de bonheur sans tache aux côtés de Cleo qui s'amuse pas constamment à me foutre hors de moi. J'aurais pu.

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MessageSujet: Re: I'm angry anyhow (Joan).   Mar 19 Juin - 9:03

Je crois que tout ça, d'une façon ou d'une autre, c'est la faute de Léon. En entrant dans ma vie naturellement, simplement, il a réveillé quelque chose en moi que je soupçonnais pas. Que je soupçonnais plus. Depuis que mon père a quitté la maison familiale, il me semble que j'ai refusé que toute trace d'amour s'imprègne sur et dans mon corps, mais Léon, avec son sourire de côté, son nez de travers et sa coupe de cheveux pseudo-rebellienne, a réactivité tout ce que j'ai refusé. Tout ce que j'ai toujours détesté. Alors c'est ça, sans savoir, j'ai vécu durant de longues années d'existence une carence amoureuse que Jarmush a réveillé sans que je puisse le décider. Mes ovaires et mon cœur sont devenus des billes qu'on secoue dans tous les sens dans les flipper, hyperactifs, incapables d'être contrôlés, créant inexorablement un je ne sais quoi envers Clay. Je voudrais clore ce putain de débat en affirmant que de toute façon, je me fous de sa gueule, je me fous de lui et de son groupe de musique, que je l'aime pas, mais je sais que je parviendrais pas à être crédible, en plus d'être incapable de prononcer de telles sottises à son égard. Lui dire la vérité sur mes sentiments serait d'autant plus difficile, lui, étant incapable de comprendre quoique ce soit. Lui, étant dans l'incapacité de prendre parti à la moindre chose, ou d'avoir un avis.

« J’en ai marre de tout ce cinéma à la con. »  Je réalise que s'il se met à s'énerver, c'est qu'on doit être rendus à un point bien trop pathétique dans la conversation. Je suis sûre, que d'ailleurs, si j'assistais à une telle discussion, j'irais vomir sur ses deux personnes qui jouent à un jeu trop dangereux, trop mièvre, trop pathétique. Je crois que je rougis mais je parviens pas vraiment à être persuadée, parce que l'adrénaline de la situation a réchauffé mon corps tout entier, alors je sais pas si mes joues sont rouges parce que j'étais prête à me donner à lui comme un animal une minute auparavant, ou si parce que je me sens honteuse suite à ses mots. Je sais pas, j'ai l'impression d'être une gamine qui vient de recevoir une leçon de son professeur, de son supérieur, qui se rend compte qu'il a raison et qui du coup, ne sait plus où se mettre. Mais je peux pas admettre que j'ai tort, alors au lieu de répondre ou même de m'excuser, je me baisse vers le sol, à la recherche de mon soutien-gorge, qui a décidé de ne pas se montrer présent. Comme si ce n'était pas assez gênant comme ça, il faut à présent que je reste les seins à l'air. Finalement, je parviens à retomber sur mon tee-shirt que je remets sans perdre du temps, bien qu'il soit complètement mouillé de pisse, préférant sentir mauvais que rester complètement vulnérable, bout de tissu dégueulasse comme rempart de mon corps. « T’as pas le droit de me mettre dans tous mes états pour ensuite m’envoyer me faire foutre. Je veux dire… t’as pas le droit de me jeter dans son camp comme une putain de balle en t’affirmant bonne perdante sans que j’ai pu user de mon droit de véto. » Je comprends pas, parce qu'en fait, en établissant son choix à l'avance, sans lui demander son avis, je pensais lui rendre service. Leur rendre service, en fait : Clay n'avait pas besoin de donner une réponse à ce choix, alors qu'il n'a jamais été capable de se prononcer sur quelque chose à part sur la musique, et Cleo, quant à elle, aurait enfin connu le bonheur de couple dont elle rêve depuis longtemps, et que j'ai tenté de lui voler. Je comprends pas et ça m'énerve, parce que je suis pas du genre à répandre le bien autour de moi, ou à prêcher la bonne parole, et pourtant je pensais que cette fois-ci, j'agissais en tant que bonne personne. Et je me fais engueuler, en plus, alors je sais plus sur quel pied danser. Je voudrais lui mettre la tête sur ma poitrine, pas pour l'allumer encore une fois, mais juste pour que sa tête soit envahi de pisse et que je me venge de son impardonnable réaction. Bordel, je voulais juste être sympa. « Alors tu l'as ton droit de véto, vas-y, fais ton putain de choix, t'attends quoi ? Dis-moi qui tu veux, et cette histoire sera réglée. »

Je me dis qu'à tout moment, on va se mettre en chanter en cœur une chanson dramatique comme dans toutes les comédies musicales tragiques à la Roméo et Juliette, tant je nous trouve ridicule. J'assure avec fierté et courage que je veux entendre à sa décision à ce pseudo-dilemme, mais en fait, je préfère qu'il reste dans le silence, qu'il continue à être indécis, comme il a toujours su parfaitement l'être. Je suis pas prête moi encore, à accepter qu'il me dise qu'on choisit ma sœur plutôt que moi. Égoïstement, je voudrais que Clay prononce mon prénom en admettant que je vaux mieux que Cleo, mais je sais que ce ne sont que dans mes pensées et mes rêves que cette option se produira, et ça m'énerve. « Cette histoire me casse les couilles. » J'essaie de me souvenir du temps où on était tous les trois, amis, et que c'était que notre trio qui comptait, mais je parviens pas à me remémorer, à me dire, si un jour on a été vraiment ça. Au final, je crois qu'on a toujours été, d'une façon ou d'une autre, attirée par ce garçon et qu'on l'a jamais considéré comme un ami, mais plutôt comme un objet de désir. Malgré le jeune âge qu'on avait lors de nos rencontres.

Je m'approche comme je peux d'un lavabo, et j'ouvre le robinet à la vitesse maximum, voulant passer l'intégralité de mon visage sous l'eau trop fraîche et qui agresse chacun de mes pores. Je voudrais trouver le bouchon de l'évier afin que l'eau cesse de fuir, et plonger l'intégralité de ma tête dedans. Pas que j'ai des envies de suicidaire, j'ai juste besoin de me concentrer sur l'idée de respirer plutôt que de penser constamment à nos problèmes, à comment on en est arrivé là, comment, même si j'ai beau tenter de me convaincre du contraire, tout est de ma faute. Je retire finalement la tête du lavabo et me redresse, passant les mains sur mon visage pour que l'eau cesse de couler le long de mes joues. Je crois que je remercie encore l'obscurité de la pièce, car j'ai tant frotté mes yeux que le maquillage a dû couler, et je dois ressembler à présent, à, je sais pas, une gamin qui veut jouer aux indiens. « Faut que tu saches que quand je t'ai embrassé à cette soirée, j'avais parfaitement conscience des sentiments de Cleo. Et je savais qu'elle regardait. » Je me dis que s'il doit établir une sorte de choix de vie ou de mort, autant qu'il ait toutes les cartes en main. Je sais pas comment je me sens après cet aveu, je suis même pas soulagée de m'être confiée, encore moins terrorisée à l'idée qu'il m'en veuille. J'attends juste qu'il donne sa réponse et qu'on en finisse. Qu'on reprenne un semblant rythme de vie et qu'on cesse de se prendre la tête pour des choses qui nous semblaient futiles avant. Le truc, c'est que je sais pas si je parviendrais à revivre comme avant s'il me quitte et qu'il se réfugie dans les bras de Cleo. J'ai beau prétendre que je suis plus forte qu'elle, et que je m'en remettrais plus facilement, c'est complètement faux. Même si je ne le montrerais pas, même si je ne l'assumerais pas, ça me fera autant mal, ça me rendra peut-être même un peu tarée sur les bords, je sais pas. « Tu mérites pas d'être avec Cleo, comme je ne mérite pas d'être avec toi. Au final, peut-être que tu devrais faire le choix de ne pas en faire. » Je ne peux pas m'empêcher de lui intimer un ordre au final, avec ce besoin constant de contrôler ce qui se passe, de vouloir prendre les décisions à sa place. Dominer, d'une certaine façon. « Bon. Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?  » Allez, dis-moi ce que c'est moi que tu veux. Dis-le, et fais-le en conviction, en me prenant dans tes bras, en parcourant avec tes mains expertes les moindres recoins de mon corps. Même si notre relation serait vouée à l'échec, choisis-moi. Parce que moi, je crois, que je suis prête à tout pour toi. Ne m'abandonne pas comme mon papa.

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MessageSujet: Re: I'm angry anyhow (Joan).   Dim 24 Juin - 18:55

Des bruits presque imperceptibles ont résonné à quelques pas de moi pendant que je monologuais. Je me demande comment elle prend ce que je débite, si ça l’amuse ou si au contraire elle s’aperçoit que pour une fois, j’ai à cœur ces trucs qui nous arrivent. Je me dis qu’elle est probablement en train de remettre ses fringues sur son dos, ou encore qu’elle est à leur recherche. Et clairement, je pourrais lui venir en aide, non seulement avec cette situation délicate mais aussi au niveau de sa vie qui part en couilles, à moitié à cause de moi. Je sais qu’elle était loin de vouloir me mettre en rogne, peut-être même qu’elle croyait pas ça possible et qu’alors la porte était ouverte à toutes sortes de déclarations puériles qui d’ordinaire me seraient passées par-dessus la tête. Mais le fait est que je le suis, en colère. Et ça m’arrive tellement rarement que je suis pas certain de savoir gérer l’état dans lequel elle m’a mis. Dans ces moments là plus qu’à d’autres, je déteste qu’on me pousse à faire des choix dont je suis pas forcément conscient. J’aime encore moins qu’on me pousse consciemment vers l’avenir alors que tout ce à quoi j’ai envie de penser c’est précisément ce que j’ai entre les mains dans l’instant. Le truc c’est qu’à priori, je n’ai rien. Tout m’a lentement glissé entre les doigts et j’ai regardé le phénomène se produire, spectateur impuissant d’une existence qui n’a pas été vécue mais qui pourtant se déroule, et continue de se dérouler encore. Je crois pas que je serais un jour assez fort pour prononcer l’un de leur prénom à voix haute en sachant quelles proportions ça prendrait et tout ce que ça signifierait à la fois, mais je me dis qu’il est inutile que l’une ou l’entre en soit consciente. Encore une fois je fais preuve d’hypocrisie pure et même d’illogisme mais j’ai la sensation que toutes les cartes ne sont pas en ma possession. Y’a des choses que j’ignore, d’autres qu’on me cache volontairement, des trucs qui se produisent en mon absence, et tout ça ne m’aide pas à me montrer décisif. Je suis pire qu’un fantôme.

« Alors tu l'as ton droit de véto, vas-y, fais ton putain de choix, t'attends quoi ? Dis-moi qui tu veux, et cette histoire sera réglée. » Elle gueule après un silence.

J’aurais du m’attendre à un ultimatum de ce genre, mais je suis touché en pleine sensibilité et alors je reste là, immobile, seulement réconforté par l’idée qu’elle ne puisse pas me voir ainsi perturbé. Je suis pas certain qu’elle soit aussi tourmentée que moi. Je sais que parfois on me reproche de survoler les jours et de ne m’intéresser qu’aux futilités mais je me dis que Joan n’est pas loin de me ressembler. Je me dis que peut-être qu’au fond ce qu’on se dit là n’est que du divertissement pour elle, qu’elle s’imagine qu’on se lance dans les grands discours par plaisir et pas parce que c’est nécessaire. Je me trompe probablement, du moins aimerai-je que ce soit le cas. Sans surprise je me retrouve sans voix, pas assez remonté pour partir dans un éclat de voix en claquant les portes ce qui arrangerait tout et trop pour m’en laver les mains. J’imagine qu’elle s’y attendait. Je l’entends qui se déplace négligemment et puis tout à coup c’est de l’eau qui s’écoule dont le bruit me parvient. Je peux alors la localiser précisément, mais je m’approche d’elle d’aucune manière. Au contraire je suis tenté de m’éloigner le plus possible de tout ce qu’elle représente. Qu’est-ce que je suis censé faire d’autre ? Lorsque l’eau est coupée je n’entends plus que son souffle saccadé et je me demande alors ce qu’elle était en train de faire. Je ne pose pas explicitement la question, cela dit.

« Faut que tu saches que quand je t'ai embrassé à cette soirée, j'avais parfaitement conscience des sentiments de Cleo. Et je savais qu'elle regardait. » Elle dit.

Ca sonne comme un coup de tonnerre, et c’est tranchant tant ça contraste avec ce mensonge qu’elle m’a servi plutôt, celui selon lequel elle aurait pu embrasser n’importe qui à cette soirée, mais que de façon hasardeuse, c’avait été moi et personne d’autre. Ma tension est si tangible qu’il est presque envisageable de la coller entre deux tranches de pain. Au fond j’ai toujours été qu’un putain d’objet qu’elles se disputaient et non pas un ami comme je m’imaginais l’être. Me rendre compte d’un truc pareil et qui plus est dans un moment aussi merdique me remue entièrement. J’en viens à me poser la question de savoir à quoi bon me comporter correctement. A quoi bon être ce type qui veut arranger les choses alors que ces mêmes choses sont depuis tant d’années si maltraitées qu’elles ont finies pourries, nécrosées jusqu’aux os. J’avais jamais saisi ce qu’était une relation toxique quand j’en entendais parler, parfois dans des séries télévisées stupides et d’autres fois dans la vraie vie, confronté comme je l’étais à des types qui se croyaient plus intelligents que la moyenne. Maintenant je savais ; c’était nous.

« Tu mérites pas d'être avec Cleo, comme je ne mérite pas d'être avec toi. Au final, peut-être que tu devrais faire le choix de ne pas en faire. » Elle lance, et moi, je suis toujours au même endroit.

La réalité de ce qu’elle dit m’apparaît plus clairement que je le voudrais. Tout serait plus simple si je décidais ironiquement de ne finir avec aucune d’elles. Plus simple, mais plus douloureux. Or je suis pas habitué du tout à la souffrance, j’ai toujours attendu d’elle qu’elle m’épargne et jusqu’à maintenant je m’en étais carrément bien sorti. Je contourne toujours les épreuves comme si j’étais sur une putain de piste de slalom et c’est là ce qui me convient, c’est comme ça que j’existe et que j’ai pas constamment ce goût acre au fond de la gorge. En tout point semblable à celui que j’ai actuellement. Je veux le contrôle constant de mes efforts, mais le problème est juste là. Cette fille à deux pas de moi le désire tout autant.

« Bon. Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » Elle dit, et pendant qu’elle parle, je m’approche de la porte que j’ouvre à la volée.

La pièce s’illumine légèrement, et je la vois, adossée à la rangée de lavabos. Je vois ce sol crade qui l’est plus encore depuis qu’on l’a foulé, et je vois son soutien-gorge qui trône près des chiottes, tâché de manière presque imperceptible. Mes yeux embrassent tout ça en une fraction de seconde. C’est une bonne question qu’elle me pose là. La main sur la poignée, je me tiens à la fois en dehors et en dedans, comme toujours. Je suis prêt à fuir, mais aussi prêt à m’investir. Je sais pas dire oui. Je sais pas dire non. Je m’en tiens qu’aux compromis. Mes les compromis ont une durée de vie limitée.

« Est-ce que t’es amoureuse de moi ? » Je lâche, un peu brutal.
« Je veux dire… est-ce que c’est moi que tu aimes, ou est-ce que tu aimes ce que je représente ? » Ce que je représente pour elle, pour sa sœur, dans la vie. Je sais pas bien si ça revient au même, mais je sais que sa réponse sera décisive. C’est à double tranchant, dans un cas je sais et alors je prend mes responsabilités, dans l’autre je continue de douter et on s’enfonce, littéralement, dans la lutte la plus tyrannique de nos vies.

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Joan Gilliam

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MessageSujet: Re: I'm angry anyhow (Joan).   Mar 26 Juin - 19:59

« Est-ce que t’es amoureuse de moi ? Je veux dire… est-ce que c’est moi que tu aimes, ou est-ce que tu aimes ce que je représente ? » Quand il dit ça, j'ai le bras devant les yeux, parce qu'il a préalablement entre-ouvert la porte des toilettes et que le jour a attaqué ma rétine comme si j'étais un vampire, ou un enfant ressemblant à un albinos qui n'a jamais été dehors de toute sa vie. Heureusement que ce bras est devant mes yeux pour cacher ma déception, ma colère, mais surtout ma haine. Il avait pas le droit de poser cette question, c'était injuste et...Déloyal. Je crois que c'est ça, surtout. Alors je laisse mon bras devant mes yeux bien que je me sois habituée à la lumière, juste parce que mon corps est maintenant envahi d'une douleur extrême et incontrôlable et que je sais, qu'il le verrait. Immédiatement. Et je veux pas qu'il ait cette satisfaction, je veux pas qu'il voit qu'il a gagné la bataille. Alors j'attends que ça passe, pendant cinq minutes, mais ça reste toujours identique. Douloureux, avec cette colère qui rend les battements de mon cœur trop rapides. Alors j'abandonne, je baisse le bras, et je sursaute à l'idée de revoir son visage. C'est pas comme si je l'avais déjà oublié, c'est juste que j'espérais désespérément, naïvement, que c'était pas lui en face de moi. Juste une personne sans importance avec qui je pourrais me battre sans que ça m'affecte. Sans que je vacille. « Ce que tu représentes ? Non mais tu t'es pris pour un psychologue ou quoi ? T'as pas fait assez d'années d'études pour juger savoir ce qui se passe dans ma tête, espèce d'idiot de merde. » Dis-je, en tapant sur ma tête, pour lui montrer que ce qui passe là-dedans est bien trop complexe pour juste un putain de musicien. J'attaque, je suis injuste, je veux lui faire autant de mal qu'il vient de m'en faire mais je sais que mes mots ne l'atteindront pas, et ça m'énerve alors davantage.

Clay sait très bien que je suis incapable de lui dire que je suis amoureuse de lui, ou de qui que ce soit. Il m'a jamais vu prononcer ces mots que je juge interdit, ce comportement que j'ai toujours refusé d'avoir. Il sait bien que l'amour c'est un sujet trop compliqué pour une fille comme moi, il le sait bien et il a fait exprès. Ainsi, dans mon silence, dans ma réponse négative, il admettra que le choix a été fait, pas par lui mais par moi. T'es qu'un lâche. Un lâche, et une sous-merde. Je voudrais lui dire juste par provocation que je suis folle amoureuse de lui, que je veux des enfants et une maison avec lui, une voiture familiale et une assurance vie. Mais j'y arrive pas. Même blessée, je parviens pas à me venger. Parce que j'ai peut-être une grande gueule, j'ai peut-être une faculté à répandre le mal sans culpabiliser, mais je suis pas une menteuse. « Non, je ne suis pas amoureuse de toi. » C'est dit, c'est moi qui ait porté le coup final à cette discussion, à ce choix cornélien. Je me dis que s'il a ouvert la porte à cet instant, avant de me poser cette question, c'est qu'il était sûr qu'après avoir rétorqué mon non-amour à son égard, j'allais prendre la porte sans me retourner, ne prenant même pas la peine de faire nos adieux. Tu vois, c'est pour ça que je t'aime, c'est parce que seul toi me connaît comme ça. Alors ça me fait sourire.

Je voudrais partir de cet endroit, peut-être me cacher dans un coin en attendant que Clay quitte le disquaire et que j'aille me réfugier dans les bras du propriétaire, en me berçant de la musique du commerce. Mais mes jambes semblent être résolues à rester ici, comme si mes pieds fondaient dans le sol. Peut-être parce qu'elles, elles ont conscience que c'est la dernière fois que je me tiens devant l'ami d'enfance, le premier qui a touché ma bouche, juste pour imiter Johnny et Bébé de Dirty Dancing. Il disait qu'il ne fallait pas laisser Bébé dans un coin, mais toi, tu vas m'abandonner. J'ai toujours su que Patrick Swayze était mieux que toi. « Bon, maintenant tu pars oui ou merde ? » Parce que moi, je peux pas me résoudre à te quitter comme ça, je peux pas admettre que si je quitte ces toilettes infâmes, on devra plus jamais se revoir. Et puis je sais que si je fais un pas, je tomberais. De désespoir, comme une idiote, comme une sentimentale, comme ces filles que je déteste. Alors j'attends, les poings serrés, les yeux fixés sur lui. Parce que j'en ai marre que ça soit moi qui doive toujours tout faire, c'est à lui de prendre la décision de partir ou non. Pas à moi, cette fois-ci. « C'est moi qui garde le disquaire, je te préviens.  » Dis-je, comme s'il s'agissait d'un divorce. Je voudrais ajouter que si je le croise à nouveau à cet endroit, je lui arracherais les yeux, mais il me semble que mon ton sec l'a suffisamment insinué. T'as gagné l'amour, t'as gagné ma sœur, je peux au moins gagner notre endroit préféré.

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Clay Entwistle

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MessageSujet: Re: I'm angry anyhow (Joan).   Mar 26 Juin - 21:05

Je m’aperçois que l’ensemble de sa silhouette n’est pas dans mon champ de vision. Le bas de ses jambes est resté dans l’ombre, alors je me concentre sur les parties éclairées de sa personne, et je me rends compte qu’elle est en train de dissimuler son visage derrière l’un de ses bras. Je suis excédé, la seule chose à laquelle je pense c’est lâcher cette putain de porte pour m’en aller la secouer, la forcer à faire face à ce qu’on vit, ou ce qu’on ne vit pas, d’ailleurs. J’ai comme besoin qu’elle me regarde bien en face cette fois, même si d’ordinaire c’est là tout ce que je déteste au cours d’une conversation, qu’on prétende sonder mon âme et toutes ces conneries à deux balles auxquelles j’accorde zéro importance. J’ignore pas qu’à ce stade c’est aussi compliqué pour elle que pour moi et c’est pourquoi je juge nécessaire qu’au moins nos yeux se croisent. Je la sens perturbée, même à deux mètres. Elle aurait pu être de l’autre côté de la route que ça n’aurait rien changé. J’ai passé trop d’années à l’analyser par inadvertance, sans réellement vouloir la comprendre mais en assimilant tout de même l’ensemble de ses caractéristiques pour ne pas le deviner. Je plisse les yeux, plus par colère que par gêne, quand je me mets à trouver le temps long. Il m’apparaît alors clairement que j’ai perdu patience. Je sais plus ce que j’attends d’elle. Est-ce que j’ai envie qu’elle me saute au cou en me disant que rien d’autre n’a d’importance que moi ou est-ce que je veux seulement qu’elle s’en aille et qu’enfin on s’efface des souvenirs de l’autre. Je me mets à trembler un peu, parce que c’est trop de pression, parce que mes nerfs ne sont pas habitués à être ainsi sollicités et aussi parce que j’ai vraiment la trouille de me mettre à chialer comme un demeuré. J’ai beau tourner le truc dans tous les sens, c’est limpide malgré moi, une fois la discussion close on finira métaphoriquement par se lâcher la main. Sauf que j’ai pas du tout envie qu’elle laisse tomber ma cause et qu’elle termine ses jours avec un type qui sera en tous points différent de moi. Je souffle faiblement dans l’espoir d’évacuer la tension que j’ai moi-même fait naître et enfin son bras s’abaisse, révélant les traits crispés de son visage que je fixe douloureusement.

« Ce que tu représentes ? Non mais tu t'es pris pour un psychologue ou quoi ? T'as pas fait assez d'années d'études pour juger savoir ce qui se passe dans ma tête, espèce d'idiot de merde. » Elle me gueule.

Je reçois la critique de plein fouet, un peu comme si on m’avait tiré dessus, mais avec un jouet. Dans d’autres circonstances je me serais marré en admettant mes torts et le fait que ma question avait tout d’une réplique tout droit sortie d’un film bizarre et un peu glauque. Mais là c’est pas pareil, je me sens carrément dévalorisé et j’ai les dents qui claquent un peu. J’aurais voulu d’elle qu’elle me réponde autrement, qu’elle prenne en compte mes sentiments quand bien même elle pourrait à raison s’imaginer qu’il n’est pas nécessaire de s’attarder dessus. Seulement je suis là avec pour seule arme ces mêmes sentiments car les effets des maigres bouffées de marijuana se sont maintenant dissipés et je ne suis plus sous l’influence de quoi que ce soit, ce qui m’amoindri d’autant plus, du moins en ai-je l’impression. Mes paupières se baissent encore à demi, si bien que je ne vois plus grand-chose, rien qu’un mince morceau horizontal de réalité qui au fond me suffit. Elle est probablement en train de se dire que je me moque intérieurement de ses attaques mais elle ignore à quel point j’enrage, et ce contraste, cette nuance, me déséquilibre. Je me tiens à la poignée plus fort encore qu’auparavant. Je te connais Joan, et je sais que tu ne va pas te jeter à corps perdu dans une déclaration d’amour qui suinte le romantisme et les faux-semblants, c’est même pas ce que je veux d’ailleurs, je pourrais presque me contenter d’un silence que j’interprèterais à ma manière mais ça non plus tu n’es pas en mesure de me l’offrir. Tout est trouble et confus dans mon esprit, si bien qu’à présent je sais même plus si au fond je me suis pas lancé là-dedans avec l’espoir qu’elle me dirait que j’étais fou de me l’être simplement imaginé. Je devrais naïvement me satisfaire d’une idée selon laquelle il n’y aurait que du désir charnel entre nous et rien d’autre. Ce serait triste, mais plus facile. Dégueulasse et surfait. Quelque peu à mon image. J’abandonne son regard. Je me sens la contradiction même.

« Non, je ne suis pas amoureuse de toi. » Elle lâche, et le silence n’en devient alors que plus pesant.

Mes yeux ne sont plus que de minces fentes noires au travers desquelles j’observe le présent, par-dessous mes cils. Je ressens plus grand-chose et j’ai même plus envie d’agir. Plus de pulsions, plus d’ambition ni de motivation. J’ai comme perdu le sel de ce qui me poussait à m’attacher aux détails, aux petits riens de la vie, et c’est… dur ? J’attends qu’elle s’en aille. Qu’elle me passe devant en m’envoyant son parfum droit dans les narines une dernière fois, mais Joan reste au même endroit, elle ne bouge pas. Je crois qu’on se hait.

« Bon, maintenant tu pars oui ou merde ? » Elle hurle. Ça résonne un peu, rien qu’une seconde.

Immédiatement, je fais un pas en dehors, prêt à me casser en effet. Puis je me rappelle de quelque chose d’important. « Je t’aime pas moi non plus. »
Et alors je m’en vais pour de bon, sans même écouter sa dernière phrase que je capte pourtant malgré moi. Je me mets à faire les pas les plus rapides possibles parce que j’aurais les boules qu’elle se mette à me courir après ce dont elle est parfaitement capable. Je n’aspire plus qu’à une seule et unique chose ; me foutre en boule sur mon canapé, défoncé aux amphétamines pour oublier qu'à un moment où à un autre je me suis soucié de la vie.


SUJET TERMINÉ.

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